L'aventure ici c'est celle des mots et du partage. Etes vous prets à embarquez pour cette merveilleuse aventure ? Alors suivez moi !
Autrefois, il y avait des charniers dans tous les cimetières bretons. Il en reste encore quelques -uns, mais dont on ne prend plus soin. On y laisse les "reliques" (ar relegou) moisir en tas, pêle-mêle. Il y a seulement une trentaine d'années, les choses n'allaient pas de la sorte.
En ce temps-là, quand on exhumait un squelette, on rangeait les os les uns sur les autres, en bon ordre, et l'on plaçait la tête dans une boîte à laquelle on donnait tantôt la forme d'un cercueil, tantôt celle d'une chapelle. Les murs des charniers étaient garnis de ces petites boîtes, peintes de diverses couleurs, en noir si le défunt était d'âge mûr ; en blanc, si c'était un enfant ; en bleu, si c'était une jeune fille. Sur chacune se lisait l'inscription funéraire : Ci-git le chef de... suivie du nom du trépassé.
Le soir de la Toussaint, après les "vêpres de l'Anaon", avait lieu la "procéssion du charnier". Par les sentiers, entre les tombes, la foule se dirigeait vers l'ossuaire, clergé en tête. Un prêtre entonnait l'hymne lugubre :
Deomp d'ar Garnel, Cristenien !...
(Allons au charnier, chrétiens !...)
La lueur vacillante de quelque torche éclairait par intervalles l'intérieur de l'ossuaire. Par les ouvertures en forme de coeur dont étaient percées toutes les boîtes, il semblait que l'on vit grimacer la bouche triste des morts.
On disait, de mon temps, que, durant cette nuit-là, les bouches sans lèvres des trépassés recouvraient la parole et qu'on entendait deviser entre elles les têtes de morts des ossuaires.
- Qui es-tu ? demandait une des têtes à sa voisine.
La conversation s'engageait, et, peu à peu, devenait générale.
Un vivant à qui il eût été donné d'y assister aurait été renseigné en une seule nuit sur tout ce qui se passe de l'autre côté de la mort.
En outre, il aurait entendu nommer tous ceux qui devraient mourir dans l'année.