Vers 480 avant notre ère, les Celtes entrent dans l’ère de la Tène. Déjà implantés en Europe centrale et occidentale, ils commencent dès 400, à descendre vers le sud et s’installent en Gaule cisalpine.
Longue de 4 siècles environ, cette ère s’achèvera avec la conquête de la Gaule par César.
Grecs et Romains mentionnent l’existence de peuplades barbares, qu’ils nomment
Celtes (Keltoi, en grec) ou Gaulois (Galli, en latin).
Ils signalent également la présence, dans les forêts gauloises, de toutes sortes d’animaux légendaires. Ils dépeignent ces barbares sous les traits peu flatteurs d’ivrognes sales et brutaux.
Mais, surtout, les Romains ont peur des Gaulois qui font de fréquentes incursions, allant même jusqu’à Rome, dont ils s’emparent vers 390. Les Gaulois effrayaient les Romains, car ils
combattaient presque nus. En revanche, ils étaient équipés d’un armement de qualité.
C’est donc en réalité une vision partiale et non un compte-rendu objectif.
Beaucoup de notions répandues sur « nos ancêtres les Gaulois » ont reposé sur cette
vision déformée.
Les Celtes ou les Gaulois possédaient une cavalerie redoutable que César dut affronter. Ils possédaient également des chars de guerre.
La culture celte se fonde sur deux ressources très précieuses : les métaux et le sel.
La vocation guerrière des Celtes est indéniable.
Le sel servait à conserver la viande et le poisson, donc d’en faire le commerce. C’était par ailleurs une « monnaie » d’échange très recherchée.
L’art celte est le plus riche des arts barbares. Les Celtes fabriquent ou achètent de superbes vases et chaudrons, les situles (sceaux) ornent leurs casques et leurs épées. Surtout, ils se parent de somptueux bijoux.
Les langues celtiques ne se sont maintenues de nos jours qu’en Bretagne et dans les
îles Britanniques (Irlande, Pays de Galles, Ecosse, Île de Man).
Le Breton n’est pas le descendant du Gaulois mais une langue celtique apportée au Moyen-Âge par des réfugiés des îles Britanniques.
Le Gaulois lui-même est assez mal connu car il n’était pas écrit. Il n’a survécu que sur quelques rares inscriptions funéraires en alphabet grec (le gallo-grec) ou latin.
Les guerriers celtes sont présentés comme des hommes grands, à la carnation claire. Ils avaient les cheveux blonds dont ils accentuaient la couleur par des lavages dans de l’eau de
chaux.
Les Celtes étaient avant tout un peuple de migrants et de guerriers mais ils n’avaient rien des barbares assoiffés de sang décrits par les Romains. Du moins, leurs traditions religieuses n’étaient pas plus barbares que celles d’autres peuples.
Le culte de la violence.
La société gauloise est dominée par les druides et les guerriers. Mais ne croyez pas
que les guerriers semaient la mort pendant que les druides coupaient le gui avec des faucilles d’or.
Le druide a pour mission d’apprendre le meurtre et l’usage de la force aux guerriers.
Cet enseignement est fondé sur l’initiation à la mort que l’on doit pouvoir donner sans faillir mais aussi recevoir sans faiblesse.
La religion des druides enseigne que chaque homme possède une âme immortelle, qui
passe, lors du décès, dans le corps d’un autre homme.
Il ne faut donc pas craindre l’étape qui marque la fin d’une vie, ni hésiter à la devancer dans des combats afin de susciter l’admiration de l’adversaire et de satisfaire les dieux par son propre
sacrifice.
Pour arriver à la perfection dans cette culture de la violence, les jeunes guerriers
sont regroupés par classe d’âge et coupés du monde des adultes.
Ils apprennent les techniques de la chasse ainsi que du combat à mains nues.
César, dans « la Guerre des Gaules », souligne la barbarie de la société, et en donne pour exemple l’existence de nombreux sacrifices humains.
Les sacrifices humains sont pratiqués pour chaque occasion. Ceux qui sont destinés à
honorer les dieux suivent un rituel spécifique.
Ainsi, lorsque l’on immole une victime en l’honneur de Teutatès, le dieu de la Guerre et des Peuples, on la noie dans un tonneau rempli d’eau.
Le dieu Esus, autre dieu de la guerre très sanguinaire, est honoré par des pendaisons.
Les victimes que l’on voue à Taranis, dieu du Ciel et du Tonnerre, sont enfermées dans un immense colosse en osier ou en foin qui, placé sur un bûcher, est enflammé par un druide.
Sont immolés des volontaires, des criminels ou des prisonniers de guerre, mais aussi parfois, s’il n’y a pas d’autre choix, n’importe qui.
Le départ pour la guerre est une autre occasion de célébrer de tels rites. C’est le
moment où intervient un personnage clé de la société gauloise, la devineresse ou prêtresse, chargée de sacrifier une victime avant le combat afin d’en connaître l’issue.
L’officiante fait monter la victime par une échelle au sommet d’un immense chaudron, et la poignarde en faisant jaillir son sang sur les parois.
Le sang, coagulant, laisse des marques sur les bords du récipient : la devineresse est chargée de les interpréter.
La couleur, la consistance, la direction des traces sanglantes sont autant de signes prophétiques.
Quand ces signes sont difficiles à lire, la prêtresse renouvelle l’opération avec une autre victime et continue ainsi tant qu’elle n’est pas en mesure de donner une réponse.
Au fond du chaudron, le sang des différentes victimes reste liquide et s’accumule. Lorsqu’il y en a assez, la femme s’empare d’une louche et asperge la foule des guerriers, fanatisés par la cérémonie et prêts à mourir au combat.
Le panthéon des dieux celtes nous est encore très obscure et fragmenté. Le dieu Lug était probablement le dieu de la fertilité. La triade divine composée par Taranis, Esus et Teutatès trouve son équivalent chez les Romains avec Jupiter, Mars et Mercure.
Le point de vue de César.
Extrait de la Guerre des Gaules, livre VI, 13 et 16
« Les druides s’occupent des choses de la religion, ils président aux sacrifices
publics… » ; « Tous ces druides obéissent à un chef unique… » ; « Chaque année à date fixe, ils se réunissent en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de
la Gaule… »
« Les gaulois pensent qu’on ne saurait apaiser les dieux immortels qu’en rachetant la vie d’un homme par la vie d’un autre homme et il y a des sacrifices de ce genre qui sont d’institution
publique »
« Certaines peuplades ont des mannequins de proportions colossales faits d’osier tressé, qu’on remplit d’hommes vivants : on y met le feu. »
Les découvertes archéologiques
Grâce aux découvertes réalisées dans les années 60 à Gournay-sur-Aronde (Oise), on
peut décrire le calendrier de sacrifices dans une peuplade belge, les Bellovaques, chez qui ces sacrifices sont liés aux saisons et aux grandes fêtes.
On y a retrouvé un sanctuaire impressionnant, entouré d’un fossé et d’une palissade sur laquelle étaient fichées en trophée les armes prises à l’ennemi.
A l’intérieur se trouvaient un petit temple en bois ainsi que des fosses destinées au sacrifice des animaux et des hommes.
A Ribemont-sur-Ancre (Somme), les crânes et les ossements de nombreux guerriers ont
été découverts, parfaitement rangés en pile.
Les archéologues ont calculé que 1 000 personnes au moins avaient été sacrifiées dans ce sanctuaire.
A Saintes, en 150 de notre ère, un sacrifice est accompli : 17 personnes y trouvent la mort. Parmi elles, il y a trois enfants. Les adultes ont été tués par décapitation.
Dans les temples du Midi, à Roquepertuse ou à Entremont, des portiques en pierre étaient ornés de crânes de guerriers cloués.
César n’a pas menti. Les druides avaient bien pour fonction d’organiser les
sacrifices humains.
Les empereurs ont proclamé dès l’annexion de la Gaule la suppression des druides et ont interdit les sacrifices.
Cependant, cette pratique ne disparaît totalement qu’au IVe siècle de notre ère.
Les sacrifices humains ont révolté César mais ils existent dans bien d’autres
civilisations. A Carthage, cité ennemie de Rome, on immole des nouveau-nés au dieu Ba’al Hamon « le dieu du brasier ».
Dans la tradition hindoue, les femmes dont le marin vient de mourir doivent s’immoler dans le brasier.
Chez les Aztèques, un guerrier était honoré de mourir sur la pierre de sacrifice. Lors des cérémonies, on pratiquait également l’anthropophagie.
Vos petits mots..